Pas de chichis entre nous !

Les Japonais ont depuis longtemps le souci permanent d'éviter les homophonies de mauvaise augure.
Ainsi, parmi les tabous linguistiques imposés par l'usage et par les traditions séculaires, il existe une sorte de superstition numérique mystique, dont la survivance se traduit par un respect, pour ne pas dire une crainte instinctive, que les Japonais ont encore de nos jours pour le chiffre 4.
Essayez seulement de garer votre voiture aux numéros 4, 14 ou 24 dans un parking de Tôkyô ou d'Ôsaka. Cherchez de même le siège numéro 4 dans un avion de la compagnie Japan Air Lines, ou encore la chambre 304 dans un hôtel, ou pis, dans un hôpital nippon : vous constaterez rapidement qu'ils n'existent guère.
Et c'est en particulier parce que la marque française mit en jeu un nombre considéré comme redoutable depuis un temps immémorial qu'une certaine Renault 4 fut un échec cuisant pour ses concessionnaires au Japon.
En réalité, cette superstition tire son origine d'une malheureuse homophonie, qui a été introduite dans la langue japonaise par suite de l'adoption de la numération chinoise et de son évolution conformément aux règles de l'écriture et de lecture du système sino-japonais.
Dans ce système, le nom du nombre 4 est shi; il se prononce donc de la même façon que le mot shi, qui signifie la "mort". D'où la répugnance que l'on sait pour l'usage du nom sino-japonais de ce nombre, que l'on exprimera généralement par le mot indigène yo- .
Pour 4000, pour une raison tout à fait semblable, on préfère donc l'expression yon.sen (nom indigène de 4, combiné au nom sino-japonais de 1000), à la combinaison d'origine chinoise shi.sen, qui fait songer à shi.sen, "la ligne mortelle". Pour "quatre hommes", on dira yo.nin, mais jamais shi.nin (= 4 hommes), qui est identique à shi.nin, le "mort" ou encore le "cadavre".
Enfin, pour 42, on ne dira jamais shi.ni (expression simplifiée de ce nombre sous la forme 42), pas plus d'ailleurs que shi.jû.ni(= 4x10+2) : la raison s'explique bien-sûr par la présence maléfique que la "mort" et le nombre "4" manifestent par leur "shi" dans les deux cas. Mais il y a une raison supplémentaire : dans le premier cas, l'expression fait penser en outre à shin.i, le "fait de mourir", tandis que la seconde correspond au nom des 42 années d'âge, considérées comme un seuil particulièrement dangereux pour les personnnes de sexe masculin. Aussi exprime-t-on ce nombre de préférence sous la forme : yon.jû.ni...
L'écrivain Amélie Nothomb, par exemple, dont on connait le penchant nippon, fait aussi référence à cette superstition au travers de ses ouvrages...
Enfin, lorsque vous faites un présent, si le nombre pair est préférable, évitez le chiffre 4 ! Quoique...si c'est pour votre belle-mère... ;-)
Bonne journée tout de même ! ;-)