Le Chant de l'Oreiller

Publié le par Catgeisha

Utamaro Kitagawa Amoureux dans la chambre à l'étage

dans l'album Uta-Makura "Le Chant de l'Oreiller", 1788, période Edo

Estampe polychrome British Museum

 

  Images de Printemps

 

 

Je ne sais pas vous, mais moi j'adore la beauté, le raffinement et la sensualité qui se dégagent de cette magnifique estampe d'Utamaro Kitagawa (1753-1806), que les japonais nomment shunga, littéralement image de printemps, expression qui désigne les images érotiques de l'art japonais, produites dès l'ère Edo (1605-1868).

 

Ah...le subtil jeu de transparence des tissus, la nuque délicatement offerte, le cadrage original, le contraste entre le diaphane des peaux, l'écarlate du sous-kimono et le noir des kimonos et des chevelures...autant de détails exquis qui tendent à l'exaltation des sens...tel le printemps !

 

Le Chant de l'Oreiller Uta-makura) est le nom d'un des plus beaux albums érotiques d'Utamaro, album ayant appartenu aux Goncourt, amateurs et collectionneurs d'art.

 

L'écrivain Edmont de Goncourt (1822-1896) lui consacrera d'ailleurs un ouvrage : Utamaro, le peintre des maisons vertes en 1891. Fasciné par l'art et l'érotisme japonais, il a initié ses contemporains.

 

Quant à Utamaro, auteur d'illustrations au grand raffinement de livres et d'albums, peintre des Maisons vertes (maisons de rendez-vous du Yoshiwara, littéralement "la plaine des roseaux", quartier des plaisirs d'Edo, ancien nom de Tôkyô), ses représentations féminines, sensuelles, élégantes, voluptueuses et à la beauté idéalisée,  sont des chefs d'oeuvre de l'ukiyo-e (image du Monde flottant). C'est le peintre de l'éternel féminin, et l'un des plus grands artistes japonais.

 

On peut lire sur l'éventail les vers érotiques du poète Yadoya no Meshimori :

 

 

Hamaguri ni

Hashi o shikka to

Hasamarete

Shigi tachikanuru

Aki no yûgure

 

Ce qui peut être traduit par :

 

Son bec fermement attrapé à l'intérieur des coquilles de palourde

la bécassine ne peut s'échapper

par un soir d'automne.

 

 Le Chant de l'Oreiller est le premier album d'une série de livres illustrés de luxe produits par Utamaro en collaboration avec l'éditeur Tsutaya Jûsaburô, sur des thèmes variés comme les oiseaux, les coquillages, la neige, la lune, les fleurs, qui, avec les scènes de la vie quotidienne à Edo et les vues de sites célèbres, sont les sujets classiques de l'ukiyo-e de l'époque, outre les illustrations érotiques.

 

Les plus belles oeuvres de l'ukiyo-e ont été réalisées par des artistes tels que Moronobu Hishikawa (1618-1694), Harunobu Suzuki (1725-1770), Utamaro Kitagawa (1753-1806), Hokusai Katsushika (1760-1849), pour ne citer qu'eux. Ces estampes représentant les courtisanes à la mode, les parties de plaisir dans les maisons de rendez-vous, étaient destinées à l'origine à une clientèle de riches amateurs japonais. Aujourd'hui, la beauté du papier et des dessins, l'harmonie des couleurs suscitent l'admiration des collectionneurs. Nombre de ces images de printemps ou shunga sont peu accessibles au public car elles appartiennent à des collections privées.

 

Le japonisme

 

Utamaro Kitagawa (1753-1806) mais aussi Hiroshige Utagawa  (1797-1858) et Hokusai Katsushika (1760-1849) ont particulièrement influencé les impressionnistes en Occident, ou encore les Arts décoratifs, dès 1860 avec l'ouverture de l'ère Meiji au monde occidental, le Japon rompant alors un isolement long de plus de deux siècles.

Les artistes de l'ukiyo-e, par leurs cadrages audacieux, les jeux d'ombre et de lumière, l'épure du dessin, les applats de couleurs, l'absence de lignes de fuite pour la perspective participeront ainsi en occident à une nouvelle conception des couleurs, de la lumière, des lignes, de la composition, de la perspective et des sujets.

Parmi les artistes influencés, nous citerons ainsi Vincent Van Gogh (1853-1890), grand collectionneur d'estampes et organisateur d'une exposition en 1887 (portrait du père Tanguy, 1887, Japonaiserie : pont sous la pluie, d'après Hirohige, 1887), Claude Monet (1840-1926) (La japonaise, 1876, Museum of Fine Arts de Boston), Degas, Pierre Bonnard (1867-1947) ou encore Gustav Klimt (1862-1918) (La danseuse, 1916-1918, portrait de la Baronne Elizabeth Bachofen-Echt, 1914, Portrait de Friederike Maria Beer).

Dans une série d'articles publiés en 1872 pour la revue Renaissance littéraire et artistique, le collectionneur Philippe Burty donnera un nom à cette révolution de la seconde moitié du XIXè siècle : le japonisme.

L'époque sera marquée par l'ouverture à Paris du musée Guimet ou musée National des Arts Asiatiques en 1889.

 

 

 

 

 

 

 

Utamaro Kitagawa Femme se poudrant le cou

 1795-1796, période Edo

Nishiki-e, Paris, musée Guimet

 

 

 

 


Publié dans Japon

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seshiru 18/10/2006 10:13

j'aime beaucoup ton site quelle connaissance du monde japonais et de sa culture si perfectioniste dans l'esthétique...
un livre à lire (peutêtre l'as tu déjà lu) : "les belles endormies" de Kawabata...
et un artiste récent de ukiyo-e que j'ai découvert récemment : Shusui Taki
à bientôt
Seshiru