Lucia di Lammermoor

Publié le par Catgeisha

 

 

 

 

Opéra en trois actes de Gaetano Donizetti (1797-1848), sur un livret de Salvatore Cammarano (1801-1852), d'après le roman The Bride of Lammermoor (1819) de Sir Walter Scott (1771-1832). Créé au Teatro San Carlo de Naples le 26 septembre 1835.

 

 

 

 

 

Direction musicale : Enrique Mazzola

Mise en scène : Nicolas Joel

Décors : Ezio Frigerio

Costumes : Franca Squarciapino

Lumières : Vivicio Cheli

Direction des choeurs : Noëlle Geny

 

Personnages :

Lucia di Lammermoor : Laura Aikin Soprano

EdgardoBülent Bezdüz

Enrico : Domenico Balzani

Raimondo : Enrico Iori

Arturo : Patricio Saxton

Normanno : Raphaël Bremard

Alisa : Christine Tocci

 

L'Orchestre National de Montpellier

Les Choeurs de l'Opéra National de Montpellier.

 

Production du Théâtre du Capitole de Toulouse réalisée avec la collaboration du Metropolitan Opera de New-York.

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucia di Lammermoor est l'opéra romantique par excellence, tant pour sa musique admirable et redoutablement difficile, en particulier pour la soprano et le ténor, que pour son ambiance nocturne et brumeuse, son histoire pleine de sang et de larmes.

 

 

Argument

 

L'action se déroule en Ecosse à la fin du XVIè siècle. Les familles luttent entre elles et les guerres entre catholiques et protestants font rage...

Le jardin du château des Ravenswood.

Lucia Ashton est amoureuse d'Edgardo Ravenswood, bien que leurs familles (les Ashton et les Ravenswood) soient ennemies.

Mais son frère, Enrico, souhaite lui faire épouser lord Arturo Bucklaw pour se dégager d'une situation politique et financière difficile et il jure d'empêcher son union avec Edgardo.

Avant de partir pour la France, Edgardo échange avec Lucia l'anneau qui scelle leur amour.

Les appartements des Ashton. 

Le frère de Lucia, Enrico, prêt à tout pour les séparer, montre à sa soeur une fausse lettre prouvant l'infidélité de son amant.

Convaincue, Lucia se laisse marier à un riche parti, Arturo. Mais en pleine cérémonie survient Edgardo qui prouve son innocence et maudit Lucia pour sa trahison, sans qu'elle puisse se justifier.

Enrico a provoqué Edgardo en duel pour le lendemain. Pendant la soirée de noces, Lucia perd la raison et poignarde son époux. Dans une scène célèbre, la scène de la folie, elle décrit son mariage imaginaire avec Edgargo puis meurt de douleur.

Le lendemain, Edgardo attend vainement son ennemi, absent au rendez-vous. Apercevant un convoi funéraire, il apprend la mort de Lucia et se tue d'un coup de poignard sur la tombe de ses ancêtres.

 

 

Aria :

"Il dolce suono, scène de la folie"-2ème partie, Acte 2

 

 

 

 

Opéra Comédie 

 

 

Premier  constat agréable, en cette soirée du 2 juin 2006 à l'opéra Comédie de Montpellier, celui de retrouver à la tête de l'Orchestre National de Montpellier le chef Enrique_Mazzola, dont j'avais déjà beaucoup apprécié la direction du Requiem de Verdi en décembre 2005, déjà à la tête de l'Orchestre National de Montpellier, avec les Choeurs de Radio-France.

Bonne petite bouille très sympathique, crâne rasé, lunettes rouges et chemise rouge, la classe ! Pas mal pour un chef ! Et une très bonne énergie, un bon rythme, une interprétation très belcantiste  !

 

 

 

 

J'avais pu entendre Laura_Aikin au mois de mai 2005 à Montpellier dans une création de Mr René Koering, surintendant de l'Orchestre National de Montpellier, ancien directeur de France Musiaque et de Radio-France, et compositeur à ses heures...création qui, à vrai dire, ne m'avait pas vraiment permis d'apprécier la qualité de la voix de la soprano...je ne m'étendrai pas plus...hum...

 

Ce soir la voix de la soprano colorature américaine dans le rôle titre de Lucia était très correcte, timbrée en permanence, avec peut-être de très légères difficultés sur les aigus, sur l'air de la folie tant attendu...

 

Il faut préciser que la production de ce soir représentait un véritable défi pour les chanteurs et la soprano, puisque les airs étaient chantés un ton au-dessus.

 

 

En effet, le chef d'oeuvre de Donizetti était présenté ici pour la première fois dans sa version originelle de 1835, sans les coupures et aménagements ultérieurs...



Quant à l'interprétation, selon Mme AikinLucia n'est pas folle dès le départ. "Elle est surtout très romantique est très pieuse. Ce sont les événements qui la poussent à fuir de la seule manière qui lui reste : la folie." (Midi Libre 31 Mai 2006).

C'est le destin tragique d'une femme amoureuse, objet d'enjeux qui la dépassent et la détruiront que Laura Aikin souhaitait rendre sensible dans son interprétation. "Je veux en faire une figure romantique crédible."(Midi Libre 31 Mai 2006).

Le pari est réussi Mme Aikin !





Le ténor turc Bülent_Bezdüz  dans le rôle d'Edgardo fut pour moi la bonne surprise de cette soirée.
Une belle voix de ténor léger, que je comparerais volontiers à celle de Juan Diego Florez, bien timbrée et bien maîtrisée, notament dans les aigus, une bonne diction, une belle ligne de chant très agréable à écouter...et à voir, son interprétation d'Edgardo étant très agréable aussi...certes, cela manque un peu de puissance, c'est le propre des ténors légers, plus dans la virtuosité, bien adaptée ici au bel canto et à ses ornementations selon moi...

 

 

Nous aurons le plaisir de le retrouver dans le rôle de Nemorino dans l'Elisir d'Amore de Donizetti en Novembre 2006 à Montpellier !

 

 

 

Enfin, la mise en scène et les décors étaient de facture classique très agréable. Et les costumes très élégants et travaillés ! (ah, les hommes en cuissardes...)

 

 

 

 

Si la distribution est pour le moins cosmopolite voire internationale (un chef espagnol, des chanteurs américain, turc, italien, russe, chilien et français, des responsables des décors et costumes italiens et une mise en scène française..), l'ensemble est assez homogène et plus que correct !

 

 

 

 

 

Walter Scott et l'esthétique lyrique

 

 

 

Sir Walter Scott (1771-1832), l'un des auteurs écossais les plus célèbres, écrivit The Bride of Lammermoor (La Fiancée de Lammermoor) en 1819. Scott aimait ancrer ses romans dans la réalité historique, comme il le fit dans le cas de l'histoire de Lammermoor. La vie de Janet Dalrymple, personnage quelque peu énigmatique du folklore écossais, est à l'origine de l'histoire de Scott, qui s'en servit comme base pour élaborer une histoire réellement poignante.

Notons que, tout comme Shakespeare, nombreuses seront les adaptations de Walter Scott à l'opéra (La donna del lago de Rossini, I Puritani de Bellini, Ivanhoe de Rossini...)

Salvatore Cammarano, librettiste de Donizetti, a beaucoup retravaillé et élagué des pans entiers du roman de Scott lors de l'élaboration du livret afin de l'adapter au public italien.

En somme, Cammarano et Donizetti ont réduit le roman de Scott à l'essentiel, aussi bien en ce qui concerne les personnages que les situations, mettant l'accent sur ce qu'ils considéraient comme le plus important : la tragédie de Lucia.

 

 

 

 

C'est un livret riche en passions exacerbées et en situations paroxystiques qui inspire à Donizetti une musique reposant d'abord sur les arias.

 

 

 

Les airs de l'héroïne (le sombre "Regnava nel silenzio" du premier acte, contant l'apparition en songe du fantôme de l'épouse assassinée d'un Ravenswood, l'heureux "Quando, rapito in estasi", et à l'acte III, la grande scène de la folie, "Il dolce suono..."), sont typiques du bel canto, où l'expression nait de la beauté de la ligne et de l'ornementation (messa di voce, trilles, coloratura, cadences). Le rôle d'Edgardo fait davantage appel à la vaillance, surtout dans la scène finale...

 

 

 

De l'aria di furore à la scena di follia...

 

 

 

La folie est bien dans son élément à l'opéra : fureur baroque, délire romantique ou démence amoureuse appartiennent de droit à la mission que s'est donnée la musique d'exprimer à l'opéra les affects au-delà du langage, en marge de la raison...

 

L'opéra italien a théorisé au XVIIè siècle la correspondance entre les différents types d'aria et la classification des affects, on aura ainsi le genre de l'aria di furore, où la voix et l'orchestre, comme l'âme, auront tout loisir de se déchainer.

 

 

 

De la folie baroque à la folie romantique

 

 

 

Plus que la fureur baroque, la folie romantique est intimement liée avec le phénomène décrit depuis deux mille ans par les philosophes, médecins et artistes occidentaux : la mélancolie, maladie noire de l'âme.

Plus l'art s'enfonce dans les replis inconscients de l'âme, plus il découvre son insondable complexité.

L'opéra romantique se passionne pour la femme amoureuse brisée par l'oppression des hommes.

Les romantiques retrouvent le personnage d'Ophélie dans Hamlet de Shakespeare. Si Hamlet est un mélancolique, il sacrifiera tout à sa vengeance, et sa fiancée Ophélie la première. Errante, chantant des "bribes d'airs anciens", elle se laissera engloutir par les eaux troubles d'un ruisseau.

Lucia approche et rassemble en elle la fatalité de son amour impossible et la fatalité de la vengeance.

 Elle s'élèvera ainsi à une folie romantique sombre et meurtrière...

On peut voir dans le personnage de Lucia la femme grande victime de l'opéra romantique, sacrifiée à la société bourgeoise masculine.

L'aliénation mentale y serait d'abord une aliénation sociale...

 

 

 

Folle virtuosité

 

 

 

Un mot encore sur l'expression musicale de la folie. Depuis l'époque baroque, la folie ou la fureur sont exprimées à l'opéra par la plus haletante virtuosité.

On peut ainsi faire le lien entre la colorature et la démence.

En musique classique, une coloratura, ou colorature, est une voix virtuose apte à réaliser de périlleuses vocalises au sein d'un répertoire richement orné : trilles, arpèges, notes piquées, etc.

Elle s'adapte donc particulièrement bien à la grande forme ornementale du bel canto et en restitue à merveille les couleurs du drame.

 

 

 

 

 

 

 

En conclusion, une représentation de grande qualité, de très bons chanteurs, une direction musicale, une mise en scène, des décors et costumes conventionnels, très beaux.

Un régal !

 

 

Publié dans Musique

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M. 12/05/2008 08:23

J'aime bien quand tu te laisses aller... a ecrire des articles longs :-)

M.

Catgeisha 15/05/2008 02:56


Héhé ! Bravo si tu l'as lu en entier ! ;-)
Le souci, c'est que c'est pas évident d'en écrire tous les jours des comme ça...faut du temps tout de même...alors que ce ne sont pas les opéras vus en live qui manquent !!!
;-)


Mimi 16/06/2006 03:49

Pas le temps de lire tout de suite, mais je reviendrai: c'est intéressant.

Catgeisha 17/06/2006 23:45

Konban wa Mimi-san ! ;-)
Yô koso irasshai-mashita à celle qui incarne mon rêve !!! ;-)
Arigatô gozaimasu !
Ja ne ! ;-)